La psychothérapie, discipline en pleine expansion et en plein mouvement, est l’objet de remises en causes, et de tentatives d’encadrement dans des normes qui ne sont pas les siennes, et est soumise à des tensions internes qui menacent son existence.
Deux grandes tendances se sont faites jour ces dernières années, pour la reconnaissance de la psychothérapie.
L’une est associée au nom du président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer initiateur de l’article 52 de la loi de santé publique réservant l’usage du titre de psychothérapeute aux médecins, psychologues, psychanalystes et d’autres psychothérapeutes sous des conditions aussi obscures qu’incompréhensibles, loi qui n’a pas encore, à ce jour, reçu de décret d’application. Cette voie consiste à privilégier, pour l’exercice de la psychothérapie, une formation universitaire, soit médicale soit psychologique, correspondant à au moins cinq années d’études. Le problème est que la formation à la psychothérapie ne figure pas dans les études en question ; seules de rares formations universitaires l’abordent réellement. C’est pour cela qu’elle a été rejetée par l’unanimité des psychothérapeutes en exercice.
La deuxième tendance consiste à encadrer l’exercice de la psychothérapie par les psychothérapeutes eux-mêmes, autrement dit une reconnaissance par les pairs. Ceci ne présente pas le défaut précédent, puisque, précisément, les pairs vérifieront que le psychothérapeute postulant a bien suivi une formation adéquate et reste encadré par les siens, mais présente l’inconvénient d’un risque de glissement corporatiste et d’opacité. En outre, la variété immense des groupements de pairs rend l’harmonisation des différents processus de reconnaissance difficile.
Dans les deux cas, ce qui est recherché, c’est plus l’élimination de certains praticiens, que la recherche d’une généralité de la profession et de la pratique. C’est pour cela qu’on en est arrivé à des querelles qui tournent souvent à l’échange d’anathèmes. Ce qui est surprenant, , ce sont les arguments utilisés par les adversaires en présence, tant pour dénigrer la position de l’autre, que pour s’ériger en sauveteur de valeurs supérieures. On a vu, d’un côté des accusations de charlatanisme, de dérive sectaire, d’auto-proclamation, de phénomènes de gourou, et de l’autre, de scientisme, de dressage, de réduction de la personne à son symptôme, de marchandisation dans un monde ultralibéral. Les uns se sont déclarés comme uniques défenseurs du sujet, face à des adversaires supposés découper leurs semblables en morceaux, alors que les adversaires en question se targuaient d’être les seuls tenants d’une véritable médecine du psychisme, face à la menace de mainmise d’apprentis sorciers ne visant qu’à soumettre leurs clients à leur volonté de toute puissance. Les chantres de chaque clan ne semblent pas avoir perçu combien l’excès de certains de leurs propos justifiait ce qu’ils reprochaient à leur vis-à-vis et ainsi de suite, ouvrant un conflit systémique qui risque d’être sans fin. Les amalgames sont également fréquents, entre des approches qui n’ont rien à voir entre elles.
Or la réalité de terrain incite plutôt à une entente qu’à de pareils affrontements. En effet, la demande de psychothérapie ne va faire que croître, dans une société où l’attente de bien-être augmente autant que les causes de difficultés psychologiques. Cette demande couvre un champ très large, qui va du mal être à la psychose déclarée, en passant pas les dépressions, phobies, TOC, les difficultés sexuelles, familiales ou amoureuses, le stress au travail, les toxicomanies ou autres addictions, sans oublier l’aspiration à se sentir mieux dans sa tête et dans sa peau, se comprendre et continuer son chemin personnel. Il y a donc du travail pour beaucoup de monde, et surtout pour des approches différentes. Or il est impossible de former des personnes à toutes ces approches ou de trouver une assemblée de pairs assez diverse tout en restant efficace. L’entente dans le respect mutuel est donc la meilleure voie pour répondre à l’immense besoin de la population, ainsi qu’au désir de nombreuses personnes de satisfaire à cette demande.
C’est à cette exigence d’entente et de dialogue que répond Psy en Mouvement, association ouverte à tous les professionnels exerçant dans le champ de la psychothérapie, qui acceptent de travailler ensemble, et de se confronter les uns aux autres, sans exclusion ni rejet. C’est pour cela qu’ont été organisées des controverses, permettant l’expression d’opinions différentes. Mais il est important qu’il y ait aussi échange entre ceux qui exercent la psychothérapie et ceux à qui elle s’adresse. C’est pourquoi la troisième controverse, qui se tient à Lyon le 10 novembre, co-organisée par Réel, inclut une telle rencontre. Ceux qui y viendront, thérapeutes ou clients, ou autres intéressés, pourront participer, l’après-midi, à la construction de réponses aux risques que nous avons évoqués.
La psychothérapie ne doit pas être une chasse gardée ni une activité sous tutelle, mais un échange permanent entre tous ceux qui se sentent concernés par elle. Elle est l’affaire de tous.