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Approche systémique
et psychothérapie
Historique de notre école de pensée
et présentation de notre méthode
E. TRAPPENIERS et J.J. BEUGNIEZ
Les psychothérapie familiales sont apparues aux Etats-Unis pendant les années 1950. Peu après les membres de l’école de Palo Alto proposaient la double contrainte comme un des éléments pouvant jouer un rôle dans l’étiologie de la schizophrénie et insistaient sur le rôle des paradoxes dans les relations familiales. En 1967, avec la publication de Pragmatics of human communication traduit sous le titre Une logique de la communication (le Seuil 1972), les membres de cette école avançaient un modèle qui allait bientôt devenir dominant dans le champ des thérapies familiales. Il s’agissait d’approcher la famille en tant que système ouvert, régi par les lois de la théorie générale des systèmes ouverts proposés par Ludwig von Bertalanffy.
Dès le début des années 1970, certains professionnels psycho-médico-sociaux commencèrent à utiliser cette théorie pour comprendre les problèmes de couples, les problèmes scolaires, la déviance, la maltraitance, les maladies psychosomatiques.
Multidisciplinaire de « naissance », l’utilisation du modèle systémique déborde largement les pratiques de soins et s’étend à tous les systèmes relationnels des champs sanitaire, scolaire, éducatif, administratif, judiciaire et social… Il commence, dans ses derniers développements, à être utilisé comme grille de lecture des institutions et des organisations. Le cadre conceptuel lui-même fait l’objet d’un dialogue interdisciplinaire continu impliquant le philosophe, le sociologue, le biologiste, le mathématicien, le physicien et le chimiste, l’épistémologue, etc.
Ainsi les contributions d’auteurs comme Gregory Bateson, Humberto Maturana, Edgard Morin, Ilya Prigogine, Francisco Varela, Heinz von Foerster et bien d’autres renouvellent l’idée que nous avons de la connaissance.
Méthode : Le psychothérapeute familial peut être décrit comme un thérapeute intervenant auprès d’un système social naturel, en l’occurrence la famille, utilisant comme base l’entretien interpersonnel conjoint.
La famille est introduite et utilisée de façon active par le clinicien comme moyen thérapeutique pour favoriser le changement dans le système. La ponctuation du terme famille n’est pas à entendre uniquement dans le sens où les personnes ont des liens consanguins, mais peut s’élargir au système affectif et social.
Le psychothérapeute est amené à travailler avec le système dans lequel le symptôme du patient désigné est apparu. L’utilité pour le thérapeute de travailler avec un groupe familial est liée au fait que le symptôme n’a pas seulement un sens mais exerce aussi une ou des fonctions spécifiques qui participent de la cohérence du système. Le travail du thérapeute est d’élaborer des hypothèses, de les vérifier, de comprendre, et d’intervenir de manière telle que le système puisse se modifier. L’objectif est le changement.
L’approche des systèmes humains a d’abord été sous-tendue par une théorie qui rendait compte d’une rationalisation de la pratique. C’est la théorie générale des systèmes de Ludwig von Bertalanffy.
Elle a été utilisée de manière analogique dans le champ thérapeutique. Puis, les travaux d’Ilya Prigogine et de son équipe sur les systèmes « hors de l’équilibre » trouvent une place prometteuse dans la même utilisation analogique. Ces deux approches qui sous-tendent l’épistémologie du psychothérapeute impliquent des différences :
- A l’équilibre, la stabilité du système est la règle. L’évolution du système peut être prédictible car il répond à des lois générales. La question du temps et du hasard ne se pose pas. La théorie rend compte du maintien des constantes du système.
- A l’écart de l’équilibre, l’évolution du système n’est pas liée aux lois générales, mais aux propriétés intrinsèques du système. Les interactions peuvent provoquer un état instable et une bifurcation spécifique qui sépare abruptement différents modes de comportement. Un nouvel état à un moment donné est prévisible, mais c’est le hasard qui détermine les fluctuations qui s’amplifient. Enfin, le processus irréversible réintroduit la notion du temps.
En fonction de la théorie utilisée, et des modèles qui y font référence, le thérapeute utilisera une grille de lecture et des outils spécifiques. A l’équilibre, Salvador Minucchin construit un modèle structural où l’objectif est la restructuration de la famille. Jay Haley propose, lui, un modèle stratégique. Mara Selvini propose un modèle de paradoxe et contre-paradoxe. Carl Whitaker propose un modèle expérientiel, Eric Trappeniers à l’Institut de la famille de Toulouse développe l’approche systémique expérientielle en lien avec une approche plus philosophique. Loin de l’équilibre, la grille de lecture utilisée et développée de manière importante par Mony Elkaïm rend compte des singularités, des règles intrinsèques, liées au système thérapeutique-système, ainsi que sur les assemblages singuliers. Le système thérapeutique est dit autoréférencé.
La grille de lecture théorique du thérapeute implique une rationalisation différente de sa pratique. Le modèle des systèmes à l’équilibre renvoie plutôt à un modèle de « normativité ». Différemment, dans le modèle à l’écart de l’équilibre, le thérapeute s’utilise comme un perturbateur jusqu’au point de déséquilibre, qui aidera le système de manière non prévisible. L’objectif du psychothérapeute familial est donc d’aider le système à aller d’équilibre en équilibre, ou de déséquilibre en déséquilibre, de manière telle que la famille n’ait plus à payer le prix du patient désigné.
Le thérapeute familial utilise donc une épistémologie particulière, et des outils techniques qui sont nécessaires mais suffisants. Son aspect créatif, inventif, la manière dont il utilisera ses outils, feront qu’il exercera son art de manière utile, et opératoire ou non. Opératoire ne signifie pas qu’il a découvert la vérité dans son analyse, mais rend compte d’un couplage entre la famille et le thérapeute qui a permis l’apparition de valences nouvelles. Celles-ci auront été utiles pour la famille et pour le thérapeute lui-même.
L’enregistrement vidéo des séances est un aspect important dans le déroulement d’une psychothérapie ; il est utile pour la réflexion et la supervision. La durée et le rythme des séances thérapeutiques sont variables en fonction du thérapeute et du lieu où il intervient. Certains thérapeutes peuvent définir au départ le nombre de séances, d’autres laissent cela plus ouvert. Cependant, l’objectif de la thérapie étant le changement, il semble important d’espacer suffisamment les séances pour laisser le temps au système d’appréhender de nouvelles expériences.
Le thérapeute familial est aussi lié à son contexte de travail, dont il devra tenir compte ; les champs d’ application peuvent être multiples. Dans le cas d’un travail institutionnel, ou psychiatrique, où le patient désigné est hospitalisé, les règles du système thérapeutique seront différentes de celles d’un centre de consultation ambulatoire ou d’un cabinet privé. Le travail en cothérapie est extrêmement fréquent, et utile ; cependant, de nombreux thérapeutes travaillent seuls.
La pratique de la psychothérapie familiale nécessite une formation, où il est important qu’une place prépondérante soit donnée à la supervision clinique, tout en assimilant l’enseignement théorique, fonction de l’école où l’étudiant se forme.
En conclusion, l’activité du thérapeute familial est de tenter d’offrir aux clients une vision de la situation qu’ils vivent, de manière telle que puissent apparaître des alternatives nouvelles, et, à travers des interventions apparemment réductrices, de permettre au système thérapeutique d’agrandir son champ du possible.
Le rythme des séances en général est d’une séance par quinzaine ; elle réunit la famille ou le couple ; la pratique de la co-thérapie est assez utilisée dans notre domaine ; l’utilisation de l’enregistrement vidéo est habituelle (travailler avec plusieurs personnes est plus complexe qu’avec une seule personne, le thérapeute peut utiliser l’enregistrement afin de mieux comprendre ce qui s’est passé et comment être plus utile).
Coût : Il fait en général l’objet d’une négociation et dépend également de la notoriété du ou des thérapeutes (de 30,50 euros à 152,50 euros la séance).
Certaines associations ou certains centres donnent des consultations gratuites.
Principales écoles
Approche dite structurale :
Salvador MINUCHIN : Familles en thérapie, La guérison familiale , Editions Eres.
Approche stratégique :
Jay HALEY :
Tacticien du pouvoir, Un thérapeute hors du commun, EPI, 1984.
Stratégie familiale, Editions Eres.
Mara SELVINI-PALAZZOLI :
Paradoxes et contre paradoxes, ESF, 1980.
Les jeux psychotiques dans la famille, ESF, 1989.
Philippe CAILLE :
Un et un font trois, ESF, 1991.
Approche symbolique expérientielle :
Carl WHITAKER :
Le creuset familial, Laffont, 1980.
Approche systémique expérientielle :
Eric TRAPPENIERS, Alain BOYER :
Se former au travail en institution, Dunod, 2000.
Famille quand tu nous tiens, Epuisé.
Se former à la thérapie familiale, Dunod, 2001.
S’épanouir en couple et en famille. Histoires de vie et pistes de réflexion. Ed. Interéditions, 2003.
La psychothérapie du lien couple,famille, institution Ramonville St Agne, Erès,2005.
Eric TRAPPENIERS, Mony ELKAÏM :
Etapes d’une évolution, Privat, 1993.
Approche contextuelle :
BOSZORMENYI-NAGY :
Psychothérapies familiales , PUF, 1980.
Les résonances :
Mony ELKAÏM :
Si tu m’aimes ne m’aime pas, Seuil, 1989.
Panorama des thérapies familiales, Seuil, 1995.
Paul WATZLAWICK :
L’invention de la réalité, Seuil, 1988.
Le courrant des narrations :
Mickael WHITE, Harlenne ANDERSON, Kenneth J. GERGEN, Lynn HOFFMAN, Tom ANDERSON, Harry GOOLISHIAN, tous auteurs dont aucun ouvrage n’est encore traduit en langue française.
La thérapie familiale selon Murray Bowen :
Murray BOWEN :
La différenciation du soi, ESF, 1984.
Bibliographie
I - Ouvrages de base :
Gregory BATESON :
Vers une écologie de l'esprit, Tome I, 1977, Tome II, 1980, Le Seuil.
La nature et la pensée, Le Seuil, 1984.
Communication et société (avec Jurgen Ruesch), Le Seuil, 1988.
Bateson, premier état d'un héritage, sous la direction d'Y. WINKIN, Le Seuil,1988.
Alain BOYER : Toulouse, Eres
Guide philosophique pour penser le travail éducatif et médico-social, Tome I – tome II, Le Seuil, Nov 2001.
Sur la théorie de la communication
P. WATZLAWICK - J. BEAVIN - D. JACKSON :
Une logique de la communication,
Coll. « Points » n° 102, Le Seuil, 1972.
P. WATZLAWICK:
La réalité de la réalité,
Coll. « Points » n° 162, Le Seuil, 1978.
Comment réussir à échouer, Le Seuil, 1988.
Les derniers développements théoriques
P. WATZLAWICK (dir.) :
L'invention de la réalité, Le Seuil,1988.
M. ELKAÏM (dir.) :
Panorama des thérapies familiales,
Le Seuil, 1995.
La thérapie familiale en changement,
Les empêcheurs de penser en rond, 1994
II - Sélection d’ouvrages plus cliniques et néanmoins fondamentaux :
Salvador MINUCHIN :
Familles en thérapie, Eres, 1979.
Carl WHITAKER & A. NAPIER :
Le creuset familial, Coll. « Réponses », Robert Laffont, 1980.
BOSZORMEMYI-Nagy & FRAMO :
Psychothérapies familiales, PUF,1980.
Murray BOWEN :
La différenciation du soi, les triangles et les systèmes émotifs familiaux, ESF,1984.
Mony ELKAÏM :
Si tu m'aimes, ne m'aime pas, Le Seuil,1989.
Cause toujours ! A quoi on obéit quand on désobéit. Paris,Seuil,Couleur Psy (à paraître 2006).
Mony ELKAÏM & Eric TRAPPENIERS :
Etapes d'une évolution, Toulouse, Privat,1993.
Jay HALEY :
Tacticiens du pouvoir, ESF, 1984.
Un thérapeute hors du commun : Milton H. Erickson, coll. « Hommes et groupes », EPI, 1984.
Mara SELVINI-PALAZZOLI & collaborateurs :
Paradoxes et contre paradoxes, ESF,1980.
Mara SELVINI-PALAZZOLI, CIRILLO, M. SELVINI, M. SORRENTINO :
Les jeux psychotiques dans la famille, ESF, 1989.
P. CAILLE :
Un et un font trois, ESF,1991.
J. MAISONDIEU, L. METAYER :
Les thérapies familiales, PUF, 1994.
Eric TRAPPENIERS & Alain BOYER :
Famille, quand tu nous tiens, Dunod, 1996, EPUISE
Se former au travail en institution, Dunod, 2000.
Se former à la thérapie familiale, Dunod, 2001.
Guy AUSLOOS :
La compétence des familles, Erès, 1996.
III - Dictionnaires :
J.C. BENOIT, J.-A. MALAREWICZ, C. BEAUJEAN, Y. COLAS, S. KANNAS :
Dictionnaire clinique des thérapies familiales systémiques, ESF, 1988.
IV - Périodiques :
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, Editions De Boeck Université, 39 Rue des Minimes, 1000 Bruxelles - Belgique.
Thérapie familiale. Médecine et Hygiène Genève – Suisse.
Résonances :
Numéros 2, 3/4, 5, 6, 7, 9, 10/11, I.F.Toulouse.
Centres de formation
CECCOF
96, avenue de la République, 75011 Paris.
INSTITUT D’ETUDES DE LA FAMILLE DE
TOULOUSE
28 rue de la Pomme, 31000 Toulouse
05 61 52 31 34
INSTITUT D’ETUDES DE LA FAMILLE DE LILLE
30, boulevard de la Liberté, résidence Bourgogne, 59000 Lille.
INSTITUT D’ETUDES DE LA FAMILLE ET DES SYSTEMES HUMAINS
9, rue du Bailli, 1000 Bruxelles, Belgique.
ADRETS
7, rue des Marronniers, 69002 Lyon.
A.P.R.T.F.
8, rue Edouard Lockroy, 75011 Paris.
C.E.R.A.S.
3, rue Emile Augier, 38000 Grenoble.
E.F.T.A. (Association européenne de thérapie familiale)
32, avenue Bois Williame, 5101 Erpent, Belgique.
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