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Art - thérapie
Jeanne - Marie NOËL, Art - thérapeute à Montpellier
Historique
Nous savons depuis l’antiquité que le phénomène artistique a le pouvoir d’entraîner les humains vers la beauté, qu’il provoque des effets relationnels entre les humains et qu’il apaise les âmes.
L’art est le seul domaine où la toute puissance des idées se soit maintenue jusqu’à nos jours. Dans l’art, seulement, il arrive encore qu’un homme tourmenté par ses désirs puisse faire quelque chose qui ressemble à une satisfaction et grâce à l’illusion artistique ce jeu produit les mêmes effets affectifs que s’il s’agissait du réel. C’est pour cela que l’on parle, encore, de la magie de l’art et que l’on compare l’artiste à un magicien.
Mais le soubassement de l’art est plus spécifiquement cette croyance dans les pouvoirs de la pensée qui font apparaître ou disparaître, ce qui terrorise ou ce qui fascine.
Les oeuvres d’art nous donnent des satisfactions substitutives, elles exaltent les sentiments de l’amplification dont chaque groupe culturel à si grand besoin en fournissant l’occasion d’éprouver en commun de haute jouissance. Elles se mettent au service d’une satisfaction narcissique. Pour l’artiste l’idée est de faire avec sa propre matière première quelque chose qui soit accessible à tous.
Jean Genet écrit à propos de Giacometti:« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. »
Le tableau de Léonard de Vinci, ‘Mona Lisa’, avec son sourire mystérieux est un objet universel, social, au-delà des cultures.
Il y a triple fonction dans l’art:
- Diversion
- Substitution....l’art se substitue à ce que l’on ne peut pas obtenir directement
- Stupéfaction...au sens premier du terme, comme ce qui provoque une légère ivresse.
Tout art est expression mais toute expression n’est pas art.
L’activité artistique existe dans les lieux de soins psychiatriques depuis la fin du XIX siècle, mais elle apparaît véritablement au début du XX siècle et recouvre uniquement les arts plastiques. A cette époque elle y est plutôt présentée comme une distraction pour les malheureux aliénés. Suit la musicothérapie et enfin, dans les années 1960, l’ensemble des techniques artistiques.
A Rio de Janeiro vous pouvez voir le ‘musée des images de l’inconscient’grâce au travail de Nise da Silviera, psychiatre qui, depuis 1947, a ouvert des ateliers pour ces ‘fous’ réputés incurables.
L’art-thérapie, discipline d’avant-garde aux antécédents millénaires, sollicitant des réponses sensorielles et motrices, stimulant les facultés de comportement ou de création a le mérite d’intensifier la relation avec l’art-thérapeute ou l’équipe soignante. L’art est associé aux soins depuis les temps les plus reculés, les grecs, entre autres, utilisés la musique pour guérir la manie, mais aujourd’hui cette spécialité n’en est qu’à son ébauche et elle est très difficile à définir.
Elle n’est ni ergothérapie, ni art brut, ni test psychologique, ni interprétation précipitée ou péremptoire.
Présentation
Si la création dans l’art, qui naît de la rencontre de l’homme et d’une matière, révèle que les formes ainsi créées peuvent être une exploration des mystères du monde et produire des effets dans la culture, la création en thérapie, qui naît de la rencontre entre des subjectivités, révèle que les formes ainsi créées peuvent être une exploration des énigmes individuelles et produire des effets dans la personne qu’elle relie en outre aux cultures qu’elle porte en elle.
Les indications médicales de l’art-thérapie répondent à la nature même de l’art en répondant aux troubles de l’expression et de la communication. Dans cette situation singulière de communication le savoir-faire spécifique de l’art-thérapeute, pour agir sur les difficultés du patient, est de connaître et maîtriser autant les compétences artistiques pour apprécier et exploiter l’action artistique que les compétences thérapeutiques pour proposer et contrôler l’action médicale.
L’art-thérapie, c’est se servir des arts (peinture, modelage, musique, danse,...etc) comme autant de médias qui vont permettre que se cristallise le vécu. C’est une représentation de choses avant les mots, une mise en ‘forme imaginaire de soi-même’ avant une mise en sens. Reste la parole qui advient.
Dans le cadre d’une stratégie thérapeutique l’art est utilisé comme outil, comme prétexte, parce que dans la création on trouve des processus qui ont à voir avec l’inconscient, c’est lui qui travaille.
Dans le milieu institutionnel elle est surtout utilisée avec des psychotiques mais son champ d’intervention s’élargit. Elle est aussi présente en gériatrie avec des personnes en longue hospitalisation chez qui le dialogue est difficile. L’art-thérapie permet de ranimer une expérience, un vécu comme celui de cette dame, hospitalisée depuis si longtemps que personne ne connaissait son histoire. Elle a dessiné au pinceau des signes de sténo, suivi de l’explication de chaque signe puis de l’histoire de sa vie professionnelle, expérience valorisante pour elle. Elle est intéressante aussi dans la réinsertion sociale le travail de restauration de l’image de soi.
Aujourd’hui, en France, la moitié des institutions utilisent l’art-thérapie. Cette spécialité, bien que non officiellement reconnue, poursuit son chemin buissonnier avec le danger d’être confondue avec des ateliers d’ergothérapie, de peinture ou d’expression corporelle et avec des personnes qui s’improvise art-thérapeute.
En institution, l’art-thérapeute participe aux réunions de synthèse de l’équipe soignante, en libéral et selon la gravité il essaiera d’associer la famille ou le médecin de famille.
Objectifs
L’art-thérapeute accompagne des personnes qui souffrent de difficultés relationnelles de carences narcissiques ou qui sont en quête d’identité, leur permettant par la créativité d’ouvrir la voie à des remaniements de leur personnalité et de leurs relations.
Cela peut-être pour le patient un facteur de réinsertion sociale.
L’art-thérapie esquive ‘la parole vide’ les patients disposant d’autres moyens pour s’exprimer que le langage verbal. Elle permet de ne pas parler directement de ce qui fait souffrir, d’expériences traumatisantes. L’art prend la place de ce qui est indicible et raconte au fil du temps une histoire, l’histoire du patient. Dans le respect du mystère et de l’étonnement, apparaît l’ordonnencement d’un chaos intérieur qui se raconte pas à pas. La moindre des traces est un reflet du sujet et s’inscrit dans sa tentative d’énonciation. Tout acte de créativité est un auto-portrait et un leurre.
En art-thérapie il s’agit d’accompagner la personne d’une production à l’autre. Comme si elle parcourait tout un itinéraire symbolique et se transformait dans la production sans voir de rapport direct avec celle-ci.
L’art-thérapie est une façon d’accompagner l’énigme à travers des figurations auxquelles on ne comprend pas forcément tout mais où on peut être saisi d’un sens qui s’impose par la répétition d’un mouvement, d’un son, d’une forme. C’est, sous une apparence ludique, une façon beaucoup plus profonde de parler de soi. On le voit bien en peinture et modelage quand cette main, l’inconsciente, ne nous obéit pas vraiment et inscrit, trace sur la feuille ou dans la terre quelque chose qui surprend, qui échappe à notre intellect. C’est un moyen de réveiller des souvenirs enfouis, d’associer formes et épisodes du passé, de passer de l’état d’objet à celui de sujet dans cette fiction que nous rejouons inlassablement.
Avant d’être la démarche de l’artiste, la création, celle qui s’inscrit dans les trois registres du réel, du symbolique et de l’imaginaire, est, pour le petit de l’homme, le moyen de survivre à la perte et au deuil, avec la capacité de figurer l’absence, l’angoisse et la mort. Satisfaction imaginaire qui devra se lester d’un poids de réel: Winnicott dit que l’objet transitionnel est ‘ la première création de l’enfant’. Créer un objet c’est donner à son délire un statut physique, c’est permettre à cette pulsion, force spontanée, ignorante d’elle-même, encore à l’état brut de s’exprimer.
Comment cela se passe
Les prises en charges peuvent être duelle ou par petit groupe n’excédant pas cinq personnes.
Dans cet espace thérapeutique sont suscitées et encouragées la mobilisation des affects et l’expression de la réalité fantasmatique des sujets. Autrement dit chacun va pouvoir s’exprimer au moyen du média qui lui est proposé puis un temps de parole donne la possibilité de faire les liens entre l’expérience préverbale et verbale. Un temps pour la ‘création’, la réalisation et un temps pour la parole.
L’accompagnement doit être discret et se contenter d’abord d’accueillir les productions, de les orienter dans le sens d’une plus grande clarté, ce qui n’exclut pas la complexité. On refusera les facilités, se contenter de peu est dévalorisant pour tous. L’art-thérapeute ne doit être ni complaisant ni intrusif.
L’atelier va devenir lieu tiers entre patient et animateur. Atelier transfert, qui permet une demande camouflée, dérobée, derrière une technique.
C’est une façon de toucher au corps, ressenti, imaginé, fantasmé, vécu, le corps érogène, en tant que lieu d’inscription du plaisir et du déplaisir, auquel on peut accéder à partir des représentations que le sujet à de celui-ci, en allant du tactile vers le visuel. Vu le peu de temps accordé, la production va à l’essentiel, l’objet est plus du côté du symptôme que du côté de la sublimation.
Avec l’art-thérapie ce qui est bien c’est la distance que l’on peut installer avec son histoire, c’est de pouvoir dire: « cette histoire que je raconte par des mouvements de danse ou une trace colorée sur le papier ce n’est pas moi, c’est une fiction! » Paradoxalement quand la fiction se répète, qu’elle est là sous nos yeux alors qu’on pensait pouvoir la camouflée, JUNG C.G., L’homme et ses symboles, Robert Laffont.
KLEIN J.P., L’art-thérapie, que sais-je, collection encyclopédique, P.U.F.
LECOURT E, La Musicothérapie, PUF, Paris ,1988.
MONTAGU A., La peau et le toucher, Seuil, 1979.
MURET M, Les arts-thérapies, Retz.
PINKOLA ESTES C, Femmes qui courent avec les loups, Grasset.
PRINZHORN H., Expression de la folie, Gallimard, Paris, 1984
Revue Art et thérapie, 23 rue Boyer, 75020, Paris.
RODRIGUEZ J.,TROLL G., L’art-thérapie, pratiques techniques et concepts, Ellebore.
SEBAN G., Création artistique et figuration délirante, L'Harmattan, 2001.
SCHOTT-BILLMAN F., Possession, danse et thérapie, Sand, 1985.
SPIRA M., Créativité et liberté psychique, Psychanalyse C.L.E, 1985.
WINNICOTT D.W., Jeu et réalité, Gallimard, 1971.
Divers auteurs, La sublimation, les sentiers de la création, Tchou, 1992.
Lieux de formation :
L'écart irréductible entre le sensoriel et l'intellect, l'affect et la représentation, le conscient et l'inconscient peut être vécu d'une manière pathologique ou créative. L'art et la psychanalyse témoignent de ces deux destins pulsionnels, l'un régressif, l'autre sublimatoire. L'expérience artistique et thérapeutique permet de repérer un mouvement dialectique possible entre ces deux pôles. Expérimenter et théoriser un tel mouvement entre processus pathologique et processus créatif sont les axes majeurs que la formation d'art-thérapeute propose d'explorer à partir de différentes approches.
Universités :
- Université de Tours, faculté de médecine, A.F.R.A.T.A.P.E.M.
- Centre de formation continue, université René-Descartes, 12 rue de l'école de médecine, 75006 Paris
- Université Montpellier III musicothérapie, 17 rue de l'Abbé-de-l'Epée, 34075 Montpellier
Centres de formations :
- I.N.E.C.A.T, 23 rue Boyer 75020 Paris
- ARTEC Domaine de Soriech, Mas des Pins, 34970 Lattes, Tél : 04 67 65 04 67
- I.N.F.I.P.P, BP 1131, 69203 Lyon Cedex 01
Sources :
Formation Université Paris VII et différents colloques, Klein J.P., Forestier R.
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